J’ai connu le Liberia en guerre. Une guerre moche, sale, pauvre. Les mômes – car la plupart n’avaient pas 16 ans – ne savaient même plus ce qu’ils faisaient, où ils allaient et pourquoi. La guerre était devenue une seconde nature pour la plupart d’entre eux. Enfants soldats, ils avaient su sauver leur peau au prix d’incroyables exactions. Ils se retrouvaient, après des années de survie dans le bush, dans les rues de Monrovia où, mètre après mètre, ils devaient progresser jusqu’à… jusqu’à quoi, au fait ? Quels étaient les enjeux, les ennemis, les objectifs ? On ne se souvient plus. l’a-t-on d’ailleurs jamais vraiment su ?
Les combattants, de part et d’autre, faisaient preuve d’un singulier courage. En tee-shirt, les pieds chaussés de baskets, voire de tongs et le ventre vide, ils montaient à l’assaut ou se repliaient, en fonction des approvisionnements en munitions. La guerre urbaine est souvent terriblement meurtrière. Chaque pouce de terrain conquis l’est au prix d’un petit héroïsme individuel, que l’alcool et le chanvre encouragent. Quand ce n’est pas de la drogue plus dure, comme le fameux morceau de sucre qu’on trempe dans un peu d’essence de voiture… On fait faire beaucoup de choses avec ce genre de dopage.
Charles Taylor avait réussi à se faire élire à la tête de l’Etat en 1997. Son slogan : j’ai tué votre père, j’ai tué votre mère, votez pour moi, vous aurez la paix. En 2003, le président Charles Taylor apparaissait sous son vrai jour : un seigneur de guerre. Les enfants-soldats qui l’avaient servi étaient devenus des hommes, mais en face, il y avait d’autres enfants-soldats et d’autres hommes, rebelles, qui voulaient sa peau. Tout le monde était à la fois bourreau et victime, le pays était plongé dans un incroyable chaos.
Monrovia, la capitale, ne ressemble aujourd’hui plus à rien. Les chaussées défoncées, les trottoirs inexistants, les murs hachés par les balles. Il n’y a pas d’eau courante, pas d’électricité ou si peu.
En 1997, il y avait deux candidats en lice : Taylor et une certaine Ellen Johnson-Sirleaf. C’est elle, aujourd’hui, qui est présidente de la république. Première femme élue démocratiquement à la tête d’un pays africain, elle porte l’espoir de toute une société. Mieux : de toutes les femmes d’Afrique, premières victimes de la folie des hommes. Bravo, Ellen ! Elle est énergique, intelligente, elle s’est montrée brillante lors de sa visite à Paris, les 8 et 9 mars. Haut les coeurs, les filles, la lutta continua !
Raymond Abelio, entre autres, avait dit au milieu du XXème S. que le monde se féminisait ; et que ce serait un bien pour le-dit monde. En tous cas, les femmes qui montent au créneau actuellement ont des qualités indéniables, et l’expérience des effets des gestions (masculines) précédentes qu’elles ont vécu dans leur chair (je pense principalement aux pays africains, sud-américains, Asie…) Ceci n’est pas une revendication sexiste, mais un constat. Souhaitons que l’esprit féminin montant, s’il prend sa juste place dans ce monde masculin, saura rétablir un équilibre où la sagesse et le respect de l’humain auront leur place. Chaleureux bravo à toutes ces femmes.
La tâche de cette femme est immense, esperons qu’elle arrivera à mener à bien ses projets. Je crois beaucoup en elle
Oui souhaitons tout le succès possible à Ellen Johnson Sirleaf pour le bien de son pays, et de tout le continent africain.
Tu devrais nous parler plus des enfants soldats.
La guerre est finie et bel et bien finie. Point final. Pourquoi parler des enfants soldats ? Et de quels enfants soldats parlez-vous ? Des city-boys utilisés par Taylor ou des mandingos utilisés par le Lurd ou l’Ulimo auparavant ? Ou encore des autres ? Vous ne développez pas votre sujet. Vous dites que Monrovia ne ressemble plus à rien mais y êtes-vous retournée récement ? Pourquoi toujours parler de ces gamins qui ont perdu la tête ? Les Libériens ne veulent plus en parler mais veulent parler de choses positives, de renouveau, d’investissements, d’éducation, de santé, de politique, de tourisme.
Je ne suis pas retournée au Liberia depuis l’arrivée d’Ellen Johnson-Sirleaf. Cet article a été écrit il y a plusieurs années, lorsque Taylor était sur le point de tomber, mais que la guerre civile faisait rage. Je pense n’avoir aucun parti-pris, je regrette seulement l’instrumentalisation qui a été faite des enfants et constate que, quel qu’ait été leur recruteur, les enfants vont mettre des années à retrouver un rythme de vie normal.
Je suis heureuse de constater que désormais les Libériens ont la volonté de changer la vie, qu’ils y travaillent et qu’ils réussissent. Il paraît que les côtes possèdent des plages sublimes, je suis sûre désormais qu’un jour les touristes s’y promèneront en toute tranquillité.
we need love and peace
no more war
Je n’ai pas connu le Liberia en guerre. Mais je m’y suis promené pendant 4 mois en 2010. Tombé par ce blog par hasard, je voulais juste vous dire que le Liberia avance, doucement mais surement. « Small small ». Rien n’est évident, les entreprises étrangères se ruent sur les ressources naturelles du pays, rien n’éclaire les rues de la capitale et le seul feu rouge de la capitale ne fonctionne pas. Mais les gens y croient et montrent une énergie folle. Même l’hôtel Ducor commençait à être retapé quand je suis parti (le projet, financé par les Libyens est tombé avec le printemps arabe). Je ne pourrais que trop vous conseiller d’y remettre un jour les pieds.
Flo