Au moment où les éditions Actes Sud publient enfin la traduction française du magnifique livre de la Sud-Africaine Antjie Krog Country of my Skull sous le titre La douleur des mots, un petit éditeur de l’ouest de la France prend le pari de la poésie en proposant à ses lecteurs un joli recueil de ce même auteur, Ni pillard, ni fuyard. Ce petit livre est une anthologie des poèmes écrits entre 1969 et 2003, ceux qu’il faut avoir lu pour se pénétrer de l’atmosphère du temps de la lutte contre la ségrégation raciale dans ce pays, et comprendre l’impact des bouleversements qui ont suivi la victoire de la liberté.
Femme douceur, fragile, légère, Antjie Krog pose sur les choses et les gens un regard compréhensif à peine voilé par ses petites lunettes rondes. Elle paraît frêle, mais sa poignée de main est ferme. Ce brin de femme, pétrie par les luttes et les convictions, est forte comme un roc, de cette force intérieure qui prend racine dans son enfance à la campagne, dans l’Etat libre d’Orange. Le nom même de cette province renvoie à l’histoire de ces Boers venus fonder une république hors de l’empire britannique, à ces mères de famille courageuses, à ces pionniers rudes au travail. Antjie est née en 1952, à Kroonstad, ville de mines d’or, au moment où se mettaient en place les lois ségrégationnistes de l’apartheid. Sa famille ? Des fermiers afrikaners nationalistes, très croyants et on ne peut plus conservateurs. Pourtant, Antjie n’hésitera pas à les braver en publiant, à l’âge de 16 ans, dans le journal de son école, Mon beau pays, une poésie qui prône l’amitié entre Noirs et Blancs. L’affaire fait scandale, au point que le père de la coupable est convoqué à Pretoria pour se faire sermonner. Mandela en entend parler du fond de sa prison de Robben Island. « Si une jeune Afrikaner émet de tels vœux, estime-t-il, tout n’est pas perdu dans ce pays ».
Au fil des ans, la poésie d’Antjie se fait plus dure. Elle s’attaque à la répression, à l’état d’urgence et, bien sûr, à l’apartheid. Devenue enseignante dans une école pour Noirs, elle se fait connaître du grand public par ses textes difficiles, métaphoriques, où apparaissent à la fois son engagement politique et un féminisme militant. Sa révolte est permanente, profonde comme peut l’être celle de ses compatriotes André Brink ou Breyten Breytenbach. Sa persévérance sera récompensée. En 1994, c’est son poème Le Chant du griot qui est lu lors de l’investiture de Nelson Mandela à la présidence de l’Afrique du Sud. Sept ans plus tard et dans les mêmes circonstances, Thabo Mbeki, l’actuel chef de l’Etat, citera en public quelques vers de Pays de chagrin et de clémence.
Entre 1996 et 1998, Antjie Krog couvre les travaux de la commission Vérité et réconciliation, ce qui donnera le poignant ouvrage La Douleur des mots. Désormais, elle travaille pour la radio publique chargée des débats parlementaires au Cap. Ardente défenseuse des droits de l’homme et, surtout, de la femme, elle s’intéresse également à l’afrikaans, langue victime de la connotation raciste liée à la période d’apartheid et aujourd’hui submergée par l’anglais.
Ecoutez c’est bien simple ce post me remplit de joie. J’ai lu Country of My Skull il y a quelques mois alors que je bourlinguais entre Jo’Burg et Le Cap. Je pourrai en parler pendant des heures (mais pas l’ecrire aussi bien que vous Stella!). J’espere que les francais vont se jeter dessus maintenant qu’une traduction est disponible!
Encore merci!
Je partage votre joie Fab, car je vais de ce pas me ruer chez le libraire et découvrir Antje Krog (j’ai un peu honte il s’agira pour moi d’une découverte).
Merci Stella et bon week-end !
Merci beaucoup. Noté sur ma liste de courses.
J’ai moi aussi apprécié Country of my skull, il y a quelques mois…grâce à toi qui me l’a offert ma chère Stella…et ton petit article me donne l’envie de m’y replonger…donc deux fois merci et à bientôt…v.& the little fish…