"L’être vivant est surtout un lieu de passage et l’essentiel de la vie tient dans le mouvement qui la transmet" a dit Bergson, que cite fort à propos Alain dans sa dernière note. Ce mouvement essentiel implique modification, fluctuation de l’homme et de ces centres d’intérêt. Ainsi quelqu’un peut-il être Un, et tout autre sans pour autant mériter le qualificatif de lunatique. S’il oscille autour d’un même axe, même jusqu’à des azimuths opposés, il sera toujours lui-même. Il faut l’accepter et c’est cela qui est difficile, parce que troublant, parce qu’en rupture avec ces certitude dont on aime à s’entourer car on croit qu’elles nous protègent.
J’illustre. Un ultramarin camarade, qui vit dans un grand pays d’Amérique du Nord, a tout d’un citadin pressé avec agenda surchargé et vie sociale intense. Hier, ô surprise, il m’envoie un poème et je découvre une sensibilité antillaise profonde à laquelle je ne m’attendais pas, quoiqu’elle ne soit pas si étonnante.
Raccourci
Au soleil cou coupé,
Les armes miraculeuses sont présentées.
Alors, à corps perdus
Se brisent les ferrements de toute retenue…
Se déchire le cahier d’un retour au pays natal…
Dressant soudain, le fanal
De toute la négritude,
Telle une noire certitude,
Voici Senghor, Césaire,
Ces prêcheurs d’un désert
Où les métis erraient
Et les chiens se taisaient…
(X)
Paris le 1er octobre 2004
Hommage à Césaire; bien sûr. Dès le premier ver. Soleil cou coupé…
Et puis le cahier d’un retour au pays natal.
Ce petit poème est en fait réécrite la liste des œuvres de Césaire
Une tempete
Cahier d’un retour au pays natal
Les armes miraculeuses
Soleil cou coupe
Corps perdu
Et les chiens se taisaient
Ferrements
Quant à la négritude, c’est un courant dont Césaire fut l’animateur avec Senghor.
C’est très joliment fait, et ça montre une grande connaissance de l’œuvre de Césaire. Qui est une des œuvres les plus hermétiques que je connaisse. J’ai tous ses recueil ou presque, mais je n’en ai lu que de petits passages. Je ne suis pas très amatrices de poésies en fait. J’en suis restée à Prévert 🙂 Il me faut des choses simples, immédiates.
Bon, il manque encore des bribes. Mais je suis au journal là en train de finir des pages, alors j’ai pas trop le temps de chercher 🙂
Bonne nuit 🙂
Ha oui, tu devrai splutôt dire une sensibilité Antillaise je crois 🙂
Et « soleil cou coupé » fait référence à un vers d’Apollinaire…
Je dirais que cette personne utilise les références de la négritude (Senghor, Cesaire) pour traduire une émotion qu’elle a ressentie, un exil, un déracinement, un métissage.
C’est quelqu’un qui cherche des mots pour dire une émotion qui est en lui, il se sert de ceux des autres pour le moment. On peut penser que s’il t’a envoyé ce texte, c’est important pour lui, il faut l’encourager à s’exprimer…
Racontards : Merci de me rafraîchir la mémoire. J’avais relevé la référence antillaise car j’ai lu « Cahier d’un retour au pays natal » de Césaire mais c’est tout et je ne connaissais pas le titre des autres poèmes, quoique je me doutais de la chose… Je ne te dis plus « bon courage pour le bouclage », car à l’heure où je t’écris, tu as terminé… mais le coeur y est !
Samantdi : Merci pour cette analyse très fine, elle me fait comprendre quelque chose d’important, de très important même…