Pour le journal, je dois faire le portrait d’un intellectuel africain décédé il y a deux semaines. Je le connaissais très peu, ne l’ayant vu incidemment deux fois. J’ai donc une liste de ses connaissances, amis, patrons et collaborateurs que j’interroge au téléphone depuis trois jours.
Je suis fascinée par ce processus en cours, qui produit un personnage qui se densifie de conversation en conversation. D’abord simple fantôme auquel ne s’attachait que quelques adjectifs qualificatifs, laudateurs bien sûr, je vois apparaître un homme avec ses qualités et ses défauts, ses excès, ses dérapages. Il devient homme, il parle même, à travers certains témoignages. Sa vie se dessine sous mes yeux, avec ses rencontres, ses réussites et ses échecs. On me parle de son pays, de son épouse, de ses enfants. Je vois l’évolution de sa pensée, ponctuée de livres et d’articles dans des journaux. Je comprends son engagement politique non pas seulement comme une démarche politicienne en rapport avec le pouvoir mais comme conséquence d’une pensée constructive et constituante.
J’en viens à avoir trop d’information et je redoute de plus en plus la page blanche. J’ai peur que mes mots ne sachent pas traduire la complexité de cet individu passionnant. Il faut pourtant s’y mettre…
Tu vas y arriver j’en suis sûre !
Je me demande bien de qui tu parles.
Bonsoir Madame,
Les hasards des promenades sans buts précis sur la toile viennent de me conduire sur votre blog qui me posent les questions que vous soumettez aujourd’hui à vos lecteurs.
Quel portrait peut se faire de vous un internaute lambda qui parcourt vos écrits ?
Profession : journaliste. Peut-être, vous avez une vraie plume et dites avoir participé à des voyages « officiels »
Employeur : tout dirige vers « Le Monde » mais est-ce si sûr ? Pourquoi ne pas nous en dire plus… et même si vous n’étiez que pigiste au Monde, quelle honte y aurait-il ???
Vos interventions ?
Des critiques littéraires personnelles et intéressantes,
DES NECROLOGIES un peu surabondantes : fascination pour la mort, prétexte pour prendre la plume, afin de se faire passer pour la proche d’une personne qui ne pourra pas démentir ???
De grandes idées (qui pourrait oser ne pas se soucier de Mme Betancourt ?) et de petites histoires de Mme Michu qui s’énerve à la Poste ou au supermarché : mélange étonnant qui ratisse un peu trop large sans prendre aucun risque … Le politiquement correct et la langue de bois sont-ils enseignés dans les écoles de journalistes que vous fréquantâtes ?
Les commentaires sont, au pire, neutres : vous avez un vrai groupe d’amis ou de fans … si d’autres osent vous apporter un regard « décalé », procédez-vous à un discret désherbage de tout ce qui ne va pas dans votre sens ???
Etes-vous une VIP (mais non, je n’ai pas prononcé « vieille pie » : vous êtes tout à fait séduisante !!) peut-être pas assez invitée ou pas assez « haut » que vous le souhaiteriez ???
Vous ne manquez pas d’autodérision : c’est votre message du 21 avril qui me laisse penser que vous n’enlèverez pas mon commentaire agacé et agaçant : si je vous fais perdre du temps, il y a aussi des internautes qui aiment en perdre avec vous ??
Prenez-vous de l’avance sur le calendrier ?
C’est la saison des marronniers et je pense que vous n’allez pas tarder à nous parler de la rentrée des classes, des cent ans de soeur Emmanuelle (ça sent le sapin : une bonne petite nécro à garder sous le coude !), et du financement du RSA par les revenus du capital.
Le tout en « politiquement correct » avec quelques informations sur la couleur de votre papier toilette ou les caprices de votre progéniture ….
C’est donc cela la magie de la blogosphère ???
Merci de nous en dire un peu plus si vous le souhaitez, et de pardonner mon effronterie de sale gosse de 45 ans !
Censure automatique de ce qui n’est pas « politiquement correct », donc.
Sans message personnel à l’émétteur d’un petit avis personnel qui ne contenait que des questions, certes un peu déstabilisantes, mais sans réelle mise en danger.
Dommage : pas de temps à perdre ? pas de réponses aux messages anonymes (qui répondent à un blog tout aussi anonyme).
J’avais juste quelques détails sur l’un de vos amis, réel ou fantasmé, et (je vous mets sur la piste), votre stratégie de l’évitement n’est pas la meilleure aux échecs.
Vous préférez les réussites ? C’est, comme votre blog, un plaisir solitaire … Votre amour pour l’Afique, et votre véritable et sincère approche de ce continent vous ont sans doute donné le goût des vastes étendues désertiques et des sermons dans le désert.
Vous avez mon adresse de courriel
Gérard, avec un salut spécial à ceux qui liront ce texte odieux (réveillez-vous, Tour de garde, vous êtes témoins d’un odieux lynchage : soutenez Madame !!)
Deux minutes chrono !!!
automatique donc !
Mieux qu’à Pékin !!!
Page blanche et interprétations …
Vraiment rassuré par la parution de cette longue série de commentaires qui mettent en évidence une vraie ouverture d’esprit de votre part … face à un individu qui a cru être victime d’une censure en ne voyant pas ses textes apparaître … et s’est laissé aller à une agressivité qu’il doit maintenant assumer.
Vous abaisserez-vous à répondre aux quelques interrogations de mon premier message ?
Vous avez éveillé ma curiosité et en tant qu’ancien « confident » de l’un de vos amis, j’ai tenté de vous provoquer : vous ne vous vexerez donc pas davantage si je vous confie à mon tour qu’il m’avait si peu parlé de vous que j’ai pensé pouvoir entrer en matière selon une stratégie de « joueur d’échecs » qu’il m’avait enseignée … mais sans son maître, l’élève est plus déstabilisé que déstabilisant …
L’angoisse de la page blanche? Je suis sûre que vous allez brillamment la surmonter et que vous pourrez désormais honorer votre promesse de me parler de notre cher ami Jacques Dextreit.
Apparemment, il y a beaucoup de remous autour de lui et je trouve les propos de Gérard particulièrement agressifs , voire offensants. Par contre, il semble détenir des pièces du puzzle qui pourraient toutes deux nous intéresser.
Vous avez laissé paraître une grande sensibilité lorsque vous avez évoqué votre cher oncle disparu, qui avait tant partagé avec vous; les nombreux témoignages d’empathie qui accompagnaient ce billet étaient aussi très touchants.
Jacques était quelqu’un de profondément généreux et mérite que l’on partage avec la même générosité nos souvenirs le concernant.
Nul n’est dépositaire de la vie d’autrui, ni vous, ni moi.
C’est pourquoi, j’ai eu plaisir à évoquer , pour vous, avec honnêteté et confiance, Jacques tel que je l’ai connu. On dit, et c’est banalement vrai, qu’une personne n’est vraiment morte que lorsqu’on ne pense plus à elle, on ne parle plus d’elle. J’espère donc, par mes mots, avoir fait jaillir de petites étincelles de vie, signes de ma fidélité et de mon attachement à l’ami disparu!
Je suis un peu étonnée de vous avoir tant appris de détails sur Jacques, dont vous étiez proche, mais aussi satisfaite que vous ayez trouvé passionnant mon portrait , pourtant volontairement impersonnel, peu détaillé et provisoirement incomplet dans l’attente de vos propres révélations.
Dès qu’il vous sera possible, j’attends donc le récit que vous m’avez promis: vous avez mon adresse électronique.