
Pour achever la saison théâtrale, je me suis offert une place de ballet à l’Opéra de Paris. Pas au Palais Garnier, hélas – j’ignore ce qu’il faut choisir comme spectacle pour atterrir dans cette salle mythique – mais à la Bastille.
Le public du ballet n’est pas celui de l’opéra. Il est plus populaire, très féminin, il y a beaucoup d’enfants et, bien sûr, de très nombreuses petites filles qui se rêvent en Petits rats de l’Opéra. Tout ceci rend la salle assez sympathique. Les applaudissements éclatent à tout bout de champ, si bien que désormais les danseurs saluent après chaque pas de deux… Ça leur évite une interruption inopinée.
Bref, c’était assez chaleureux comme ambiance. Cela dit, si l’orchestre, dirigé par une femme, était excellent, la qualité des danseuses et danseurs était très moyenne. Sur une chorégraphie signée Rudolf Noureev, je m’attendais à les voir non à s’affranchir de la pesanteur, car seul Noureev donnait cette extraordinaire impression, mais au moins être un peu aériens. Ce n’était pas le cas. Dommage.
Bref, fort heureusement le spectacle n’était pas seulement sur scène, il était aussi dans la salle grâce à une chérie qui m’est brusquement apparue au premier entracte. Mini-jupe ultra courte sur des jambes impeccables, en cela fort peu différente de nombre de ses congénères. En revanche, le port de tête altier, servi par une coiffure tressée serré, la minceur de la silhouette et la lenteur de sa déambulation en faisait un mannequin assez incroyable. Sûre de son petit effet, elle passait lentement entre les spectateurs, se laissant mirer et admirer, le regard perdu dans le vague, le geste un peu auguste bref… Lente déambulation silencieuse. Sauf que le public ne s’y prêtait pas. La malheureuse n’avait absolument pas conscience du ridicule de sa situation. Les sourires qui se dessinaient sur les lèvres de la valetaille qu’elle croisait auraient pu la renseigner, mais elle ne leur jetait pas un regard. Elle aurait pu entendre pouffer de rire lorsqu’elle a abordé avec ses talons trop hauts pour elle les quelques marches qui menaient à sa place, mais dans le brouhaha de l’entracte…
C’est quand même réjouissant. Des chéries, il en faut. Elle nous rappellent que la vanité n’est rien que vanité, ce n’est ni dangereux ni malfaisant. Juste drôle.