J’ai eu beaucoup de travail, ces dernières semaines, d’où le peu de textes mis en ligne sur ce blog. J’ai quand même noté que l’écrivain kirghiz Tchinguiz Aïtmatov était mort, le 10 juin dernier. Il avait 79 ans.
J’en suis désolée et pourtant je n’ai lu aucun de ses livres. Pourquoi s’intéresser alors à cet homme venu des steppes lointaines ? Parce qu’il m’a remémoré un ami très cher, décédé lui aussi. Il s’appelait Jacques Dextreit et c’était un grand amateur de Tchinguiz Aïtmatov. C’était un grand amateur de beaucoup de choses d’ailleurs : d’art africain, de curiosités de la vie, de voyages. Il était excellent joueur d’échec et raffolait des romans de Aïtmatov au point de presque me considérer, moi, russophone et résidente régulière en Union soviétique, comme un traître à la cause du peuple pour n’avoir pas appris par coeur des ouvrages dudit.
Il avait découvert Aïtmatov avec Nouvelles des montagnes et des steppes, un recueil qui avait valu à son auteur le prix Lénine en 1963. Il avait vu, bien sûr, Premier maître, un livre écrit à la même époque et qui avait été adapté au cinéma par Andréï Mikhalkov-Kontchalovski. Je n’ai jamais raffolé des écrivains soviétiques, trop conformistes à mon goût et corsetés par une administration asséchante pour laquelle je n’avais que peu d’estime. Celui-ci, comme des milliers d’autres Soviétiques, avait vu son père fusillé en 1938 comme « ennemi du peuple ». Cela ne l’avait pas empêché de devenir secrétaire du soviet de Cheker, sa ville natale située dans le nord du Kirghizstan, à l’âge de 14 ans.
Aïtmatov a commencé à écrire au début des années 1950 et a été admis à l’Institut Gorki de littérature mondiale de Moscou en 1956. En 1959, Louis Aragon traduit Djamilia, un roman qui va être publié par les Editeurs français réunis, une maison appartenant au Parti communiste français. C’est le départ d’une renommée qui va protéger l’écrivain toute sa vie des critiques trop ardentes – on lui reprochait son « pacifisme » – Plus tard, conseiller de Gorbatchov, Aïtmatov prendra une position très claire contre le stalinisme, publiant notamment dans les Izvestia, en mai 1987, un violent réquisitoire contre le « petit père des peuples ». Lorsque l’Union soviétique a cessé d’exister et que le Kirghizstan est devenu indépendant, il fera édifier un mémorial aux victimes des répressions près le Bichkek, la capitale. Ce monument a pour nom Ata Beyit, « la tombe du père » et les victimes des purges, dont son propre père, y sont inhumées.
Le hasard a voulu que le décès de Tchinguiz Aïtmatov coïncide avec la sortie en France de son dernier roman, Le Léopard des neiges. Encore un clin d’oeil de la mort à la vie qu’aurait apprécié mon ami Jacques Dextreit.
Encore un auteur à découvrir.
Contente de ton retour ici.
Un hommage sera rendu à Tchinghiz Aïtmatov le 8 septembre prochain à 19h à la Maison d’Europe et d’Orient, centre culturel consacré aux cultures d’Europe de l’Est et d’Asie centrale.
Au programme:
Solo visuel et vocal par Laurent Stéphan
Pour ce solo, Laurent Stéphan s’inspire librement de Djamilia, oeuvre de Tchinghiz Aïtmatov, que Louis Aragon avait traduit du kirghize et qu’il considérait comme « la plus belle histoire d’amour au monde ». La steppe et l’orient soviétique sur fond de guerre lointaine conditionnent le récit d’Aïtmatov et pour l’artiste Laurent Stéphan, entrent plus que jamais en résonance avec ces dernières années de guerre en Tchétchénie. Entre la montagne, la pluie, le feu, les paysages infinis et ce lointain qui happe les hommes, le spectacle révèle un univers quasi-chamanique dans un corps qui oscille entre l’intemporel et le contemporain. Un corps-instrument qui s’invente et devient véhicule d’imaginaire pour raconter cette histoire ou l’amour et la mort sont en relation.
Débat
Avec Irène Sokologorsky, professeure à l’Université de Paris VIII, spécialiste de la langue russe et traductrice, notamment, de Tchinghiz Aïtmatov, Francis Combes, éditeur de Tchinghiz Aïtmatov (Le Temps des Cerises) et son Excellence M. Olzhas O. Suleimenov, Ambassadeur, Délégué permanent de la République du Kazakhstan auprès de l’UNESCO.
Le débat sera l’occasion de la présentation du Léopard des neiges, ouvrage de Tchinghiz Aïtmatov paru le jour même de sa mort.
Projection de La pomme vermeille de Tolomouch Okeïev
(Kirghizstan, 1975, 1h23) D’après un drame poétique de Tchinghiz Aïtmatov.
Dans sa jeunesse Temir avait rencontré une jeune fille dont il était tombé amoureux. La jeune fille n’avait pas porté beaucoup d’attention au jeune homme qui la suivait partout timidement. Elle n’avait pas apprécié davantage le cadeau qu’il lui avait fait, une pomme rouge, symbole de l’étendue et la pureté de ses sentiments. La jeune fille était partie avec un autre mais est restée à jamais dans le coeur de Temir et était devenue un rêve secret…Depuis, beaucoup de temps est passé, Tamir est devenu peintre, il a épousé Sabira et a eu une fille Anan, mais rien ne pouvait le détourner de la jeune fille-rêve. Déçue et comme anéantie par le caractère secret de son mari, Sabira décide de partir dans une autre ville, pensant que la solitude obligera Temir à réfléchir sur soi-même et sa famille.
Plus d’informations: 01 40 24 00 55
A bientôt!
Natalia
Chargée de communication
De la littérature russe contemporaine, j’ai retenu Nina Berberova, la finesse de son analyse, la mise à nu des recoins même les plus sombres de l’âme humaine . De cette veine, Ludmila Oulitskaïa ( « Mensonges de femmes » – « Sonietchka »).
Tchinguiz Aïtmatov? : je vais le lire … in memoriam.
Helléniste présenté au concours général, joueur d’échecs participant aux championnats de France 1973 à Vittel, interne à Besançon, Haguenau puis en région parisienne, amateur de curiosités très éclectiques : Captain Beefheart, Pat Garrett et Billy le Kid… ; un physique à la Mort Schuman se faufilant comme par miracle dans une Austin, un humour et une culture bluffante… Il n’avait pas encore découvert l’art africain ni goûté aux voyages. Quelle a été sa vie? Comment et quand s’est est-elle arrêtée?
Mes recherches m’ont finalement conduite sur votre blog . M’aiderez-vous à essayer de rassembler les morceaux de ce puzzle ?
Par avance, je vous en remercie.
Un hommage à T. Aitmatov sera rendu lors de la cérémonie du Prix Russophonie (le 17 janvier 2009 à 15h Expolangues Paris ) qu’il avait accompagné lors de sa création en 2007.
Je suis la fille de Jacques Dextreit, que j’ai a peine connu, il est mort d’un cancer des poumons 4 jours après mon anniverssaire d’un ans .
Je voudrais avoir des nouvelles de sa vie .