Cher Gérard,
Quand je t’ai rencontré, tu relevais d’une grave blessure à la jambe qui t’avait immobilisé pendant presque deux ans. Tu dirigeais, avec ta compagne, une petite librairie ésotérique dans le 14ème arrondissement de Paris. Ta stature, ta canne, ta barbe blanche, tes yeux clairs te donnaient un irrésistible air de Moïse sauvé des eaux tumultueuses d’une mystérieuse vie antérieure. Tu nous la livrais par bribes, cette vie : tu avais fait de la politique, tu avais eu des responsabilités dans le monde de la culture, tu avais été franc-maçon, tu étais un peu psychologue, un peu astrologue, un peu écrivain…
A mesure que je faisais ta connaissance, je me rendais compte que tu étais non seulement un brillant tribun, conséquence, sans doute, de ton passage dans certains cercles de pouvoir, mais que tu étais surtout doté d’une brillante intelligence, d’une mémoire phénoménale et de capacités d’analyse bien plus pertinentes que beaucoup de « grands penseurs » du milieu que nous fréquentions. Bourreau de travail, tu étais capable d’absorber en des temps records des ouvrages entiers, et pas des plus faciles et d’en tirer la substantifique moëlle, que tu nous servais ensuite par tranches, entretenant sciemment ainsi une incontestable attirance pour ta personne de la part des femmes de ton entourage. Attirance intellectuelle en ce qui me concernait, attirance parfois physique pour certaines autres. Je salue ici ton bon goût : toutes tes conquêtes étaient des femmes superbes.
Tu as quitté ta compagne pour des yeux de velours et une voix mélodieuse. Tu as quitté la librairie pour deux ou trois autres métiers, avalés sans broncher au cours de ces dix dernières années. Marie-Cécile, Anne-Bérangère, Marie-Eve, je les ai vues te rendre heureux. Ta force intérieure était si grande qu’aucun chagrin ne semblait pouvoir t’atteindre. Ni la mort de ton frère, ni celle de ta mère, ni le départ de tes amours… La vie ne t’a pas épargné, mais tu étais un grand homme, un homme fort et ceci, grâce à ton parcours spirituel effectué à l’écart des religions et des dogmes. Cela, c’est ce que tu m’as laissé en héritage.
Le jour de tes funérailles, j’ai appris de la bouche de ceux qui t’avaient connu dans le monde politique, ton engagement aux côté des réfugiés chiliens en France. Pinochet était encore de ce monde, avec ses 91 ans alors que toi, tu avais fichu le camp au bout de 60 à peine. Il n’y a pas de justice.
Cher Gérard, aujourd’hui j’ai l’honneur de t’apprendre que Pinochet est mort. Si son chemin vient à croiser le tien, quelque part là bas, de l’autre côté, je sais que tu auras le geste juste car c’est à cela que mène la spiritualité.
Bel hommage… En private joke et avant de lire ta note et la précédente aux sonorités de saison : Salzburg et Boespflug. Comme tu m’avais parlé du rhume chopé au Mali… J’allais commenter :
– Salzburg, Boespflug.
– A tes souhaits, Stella !
Bref. A tes souhaits quand même.
merci, comme d’habitude c’est beau et juste…un peu trop en fait… enfin suffisamment pour se rappeler à quel point c’est pas facile qu’il soit part là bas de l’autre côté…j’t’embrasse & te dis à bientôt pour essayer de noyer d’autres p’tits citrons dans du punch…
StellaMaris boit elle aussi?
Bon je peux pas juger mais je prefere noyer mon citron dans un verre de Gordon’s… chacun son truc.
bel homme age ,
Son magnétisme/charisme ne se bornait pas à une simple attirance intellectuelle (ou physique) exercée sur les personnes qui le cotoyaient.
Cela dit, le propre des hommages, c’est de parler de soi, de ses impressions, etc. Rien de très objectif donc.
Il me semble par ailleurs fort déplacé de faire étalage de la vie privée de Gérard, par égard pour sa mémoire, pour ses proches, mais également pour celles de ses « conquêtes » qui sont citées.
Il ne me semblait pas que la vie privée de Gérard était ici « étalée ». J’ai souhaité donner une dimension humaine à ce personnage exceptionnel qui a laissé de nombreux et beaux souvenirs dans les mémoires de ceux et celles qui l’ont approché. Si je vous ai offusqué(e), c’était involontaire.
Une pensée pour Gérard un homme grand je l’ai connu dans des cours de PHilo ave de la GUYANE à St MANDE
Avec mon meilleur souvenir
Philippe les 3 lotus
Je lis ceci par hasard, parce que j’ai découvert cet alignement de mots cette nuit durant un insomnie. J’ai moi aussi connu Gérard, fort bien, suffisamment du moins pour ne pas le reconnaître dans ces lignes, ni d’ailleurs dans le verbiage fumeux de ces « frères » fréquentés à l’époque. Le seul hommage à lui rendre est le silence, le silence comme respect face à la dignité dont il fit preuve devant tant de mensonges… Contre lui. Le silence aussi pour sa fille, Elodie, qui n’a cure, à mon sens de voir ainsi déballer cette part d’intimité qui ne regardait que lui. Gérard ne nous a pas quitté, nous l’avions tous déjà abandonné. Je pense qu’il rit aujourd’hui de nous, comme vous fîtes semblant, alors, de compatir.
Souvenez-vous, honnêtement.
Tiberias de « La Dame de Vérité », maintenant loin du despotisme médiocre des « petits réveillés »