Mon frère, ce héros au sourire si doux, n’est pas rentré tout de suite à la maison à la démobilisation. Nous ne l’avons revu qu’en l’an 19 après la Grande guerre. Ce n’était pas par inconstance, mais parce qu’il devait d’abord se guérir de toutes les blessures reçues dans les tranchées. Lui qu’on avait connu si vif était alors devenu léthargique, comme perdu dans les vapeurs de l’éther qu’il affectionnait désormais un peu trop. On le voyait souvent errer sans but, effeuillant de temps à autre une marguerite jaune du jardin avec… une pince à épiler, ce qui interloquait toujours nos visiteurs. Parfois, il ramassait dans une allée le doudou de mon fils, égaré, et le fixait longuement comme perdu dans la brume de souvenirs depuis longtemps enfouis. Ses distractions étaient étonnantes : par exemple, il essayait de calculer le nombre pi en posant l’opération à la main, sur une feuille de papier. Un jour, un de ses amis est venu le voir. On l’entendit claironner, depuis le portail : "Henri-Désiré Landru, comment vas-tu ? " "Oh, comme ci, comme ça", a murmuré mon frère avant de l’entraîner vers le jardin.
Non, je ne suis pas devenue foldingo… c’est seulement ma petite participation au "Dis-moi dix mots" de Kozlika. J’adore ce jeu !!